Ostéopathie et autisme : une approche complémentaire pour améliorer le bien être
Les troubles du spectre autistique (TSA) concernent aujourd’hui environ 650 000 personnes en France, dont près de 100 000 enfants. Ces chiffres témoignent de la diversité des profils, des besoins et des défis rencontrés au quotidien par les personnes autistes et leurs familles. Les TSA ne se résument pas à une seule réalité : ils englobent un ensemble de particularités neurodéveloppementales qui influencent la communication, les interactions sociales, la régulation sensorielle, mais aussi le fonctionnement corporel.
Face à cette diversité, les familles explorent parfois des approches complémentaires pour améliorer le confort et la qualité de vie. Parmi elles, l’ostéopathie suscite un intérêt croissant. Non pas comme un traitement de l’autisme, ce qu’elle n’est ni en mesure ni en droit de proposer, mais comme un soutien potentiel pour certains inconforts physiques ou sensoriels fréquemment associés aux troubles du spectres autistiques.
Pourquoi l’ostéopathie intéresse‑t‑elle les familles concernées par l’autisme ?
Les personnes autistes présentent souvent des particularités corporelles ou physiologiques qui peuvent impacter leur bien‑être. Bien entendu, chaque personne est unique, mais plusieurs manifestations reviennent régulièrement dans les témoignages et les observations cliniques.
Des troubles digestifs fréquents
Constipation, reflux, douleurs abdominales, ballonnements… Les troubles digestifs sont très répandus chez les personnes autistes. Plusieurs facteurs peuvent les expliquer :
- Une sensibilité accrue au stress,
- Une alimentation sélective,
- Un péristaltisme ralenti,
- Des difficultés à percevoir ou exprimer la douleur.
Ces inconforts peuvent avoir un impact important sur le comportement, le sommeil ou l’attention.
Une hypersensibilité ou hyposensibilité sensorielle
Les particularités sensorielles sont au cœur de l’autisme. Certaines personnes ressentent les stimulations de manière amplifiée (bruits, lumières, contacts physiques), tandis que d’autres ont besoin de stimulations plus fortes pour percevoir leur corps ou leur environnement.
Ces variations sensorielles influencent la posture, la coordination, la perception du mouvement et parfois la capacité à se détendre.
Le pied équin : une particularité posturale parfois observée
Chez certaines personnes autistes, on observe une posture ou une démarche dite « en pied équin », c’est‑à‑dire une tendance à marcher sur la pointe des pieds. Ce phénomène peut avoir plusieurs origines : particularités sensorielles (recherche de pression ou au contraire évitement du contact du talon avec le sol), tensions musculaires au niveau des mollets, hypertonie, difficultés de coordination ou encore besoin de régulation proprioceptive.
Le pied équin n’est pas spécifique à l’autisme, mais il est relativement fréquent dans les TSA et peut entraîner, à long terme, des répercussions sur la posture globale : fatigue musculaire, douleurs dans les jambes ou le dos, raideur des chevilles, déséquilibres dans la marche.
L’ostéopathie peut intervenir en complément d’un suivi médical ou rééducatif pour aider à relâcher les tensions musculaires, améliorer la mobilité des articulations de la cheville et du pied, et favoriser une meilleure perception des appuis au sol. L’objectif n’est pas de « corriger » la démarche, mais d’offrir davantage de confort, de fluidité et de possibilités motrices à la personne, en respectant son fonctionnement sensoriel et ses besoins.
Des tensions musculaires liées au stress ou à l’hypervigilance
L’hypervigilance, fréquente chez les personnes autistes, peut entraîner une contraction musculaire quasi permanente. Le corps reste en alerte, prêt à réagir au moindre changement. Cela peut provoquer :
- Des douleurs cervicales ou dorsales,
- Des maux de tête,
- Une fatigue accrue,
- Une posture rigide.
Des difficultés de sommeil
Le sommeil peut être perturbé par :
- L’anxiété,
- Les troubles sensoriels,
- Les inconforts digestifs,
- Une difficulté à réguler les cycles veille‑sommeil.
Une anxiété importante
L’anxiété est très fréquente dans les TSA. Elle peut se manifester physiquement : tensions, douleurs, agitation, troubles digestifs, difficultés respiratoires.
L’ostéopathie : un soutien corporel, pas un traitement de l’autisme
Il est essentiel de rappeler que l’ostéopathie ne traite pas l’autisme. L’autisme n’est pas une maladie, mais une condition neurodéveloppementale. L’ostéopathie n’a donc ni vocation ni capacité à modifier les caractéristiques autistiques.
En revanche, elle peut contribuer à améliorer certains inconforts corporels, sensoriels ou fonctionnels. L’objectif est d’aider la personne à mieux vivre dans son corps, à réduire certaines tensions et à favoriser une meilleure perception corporelle.
L’ostéopathie repose sur des techniques manuelles douces visant à améliorer la mobilité des tissus, la circulation des fluides, la détente musculaire et la proprioception.
Bien que les recherches scientifiques sur l’ostéopathie et l’autisme soient encore limitées, de nombreux parents, professionnels et personnes autistes rapportent des améliorations dans plusieurs domaines.
Amélioration des troubles digestifs
Les techniques ostéopathiques peuvent aider à :
- Relâcher les tensions abdominales,
- Favoriser la mobilité du diaphragme,
- Améliorer la motricité intestinale,
- Réduire les douleurs liées au reflux ou à la constipation.
Pour certaines personnes, cela se traduit par un meilleur confort digestif, une diminution des douleurs ou une régularisation du transit.
Amélioration de la proprioception
La proprioception correspond à la perception du corps dans l’espace. Certaines personnes autistes ont une proprioception altérée, ce qui peut entraîner :
- Maladresse
- Difficultés de coordination
- Besoin de stimulations fortes (pression, mouvement)
- Posture inhabituelle
L’ostéopathie peut aider à rééquilibrer les tensions corporelles et à améliorer la perception du schéma corporel. Cela peut favoriser une meilleure stabilité, une plus grande aisance dans les mouvements ou une diminution des comportements de recherche sensorielle.
Amélioration de la démarche et de la posture
Certaines personnes autistes adoptent une démarche particulière, parfois liée à :
- Des tensions musculaires,
- Une asymétrie corporelle,
- Une sensibilité accrue aux appuis,
- Une mauvaise perception du centre de gravité.
Un travail ostéopathique peut contribuer à harmoniser la posture, libérer les zones de tension et améliorer la fluidité des mouvements.
Amélioration du sommeil
En réduisant les tensions corporelles, en apaisant le système nerveux et en améliorant le confort digestif, l’ostéopathie peut participer à une meilleure qualité de sommeil. Certaines familles observent :
- Un endormissement plus facile,
- Des réveils nocturnes moins fréquents,
- Une détente plus rapide après les stimulations de la journée.
Une approche qui doit rester multidisciplinaire
Les professionnels de santé et les associations spécialisées insistent sur un point fondamental : l’ostéopathie ne remplace jamais les prises en charge éducatives, psychologiques ou médicales.
Elle s’inscrit dans une démarche globale, en complément :
- Des interventions éducatives (ABA, TEACCH, ESDM, etc.),
- Des accompagnements psychologiques,
- Des suivis orthophoniques, psychomoteurs ou ergothérapiques,
- Des consultations médicales.
La coordination entre les différents intervenants est essentielle pour garantir une cohérence dans l’accompagnement. Un ostéopathe habitué aux TSA saura communiquer avec les autres professionnels, comprendre les besoins spécifiques de la personne et adapter son intervention en conséquence.
Comment se déroule une séance d'ostéopathie pour une personne atteinte de troubles autistiques ?
Une séance d’ostéopathie pour une personne autiste ne ressemble pas toujours à une séance classique. L’ostéopathe doit faire preuve d’adaptabilité, de patience et d’écoute.
Un environnement adapté
L’ostéopathe peut :
- Réduire les stimulations sensorielles (lumière douce, peu de bruit, couleur du cabinet)
- Proposer un espace rassurant
- Laisser la personne explorer la salle avant de commencer
Un rythme flexible
Certaines personnes ont besoin de temps pour s’installer, d’autres préfèrent que la séance soit rapide. L’ostéopathe peut :
- Fractionner la séance
- Proposer des pauses
- Laisser la personne bouger si nécessaire
Des gestes doux et progressifs
Le toucher peut être difficile pour certaines personnes autistes. L’ostéopathe doit :
- Prévenir avant de toucher
- Utiliser des techniques adaptées
- Respecter les refus ou les signes d’inconfort
Une communication adaptée
Selon les besoins, l’ostéopathe peut :
- Utiliser des supports visuels
- Expliquer chaque étape
- S’adresser directement à la personne, même si elle ne parle pas
Comment choisir un ostéopathe adapté ?
Tous les ostéopathes ne sont pas formés ou habitués à accompagner des personnes autistes. Voici quelques critères utiles pour faire un choix éclairé :
Une expérience avec les TSA
Un ostéopathe ayant déjà travaillé avec des personnes autistes comprendra mieux les particularités sensorielles, comportementales et communicationnelles.
Une formation en pédiatrie ou en neurodéveloppement
Cela garantit une meilleure compréhension des besoins spécifiques des enfants et des adolescents, mais aussi des particularités neurodéveloppementales.
Une capacité à travailler en réseau
Un bon ostéopathe n’hésite pas à collaborer avec :
- Les psychomotriciens
- Les ergothérapeutes
- Les orthophonistes
- Les médecins
- Les éducateurs spécialisés
Patience, douceur et flexibilité
Ce sont des qualités essentielles pour instaurer un climat de confiance et permettre à la personne de se sentir en sécurité.
En résumé
L’ostéopathie n’est pas un traitement de l’autisme, mais elle peut être un soutien précieux pour améliorer le confort corporel, réduire le stress et accompagner certains troubles associés. De nombreuses familles témoignent d’un mieux‑être et d’une amélioration de certains troubles après quelques séances, même si les effets varient d’une personne à l’autre.
C’est une approche douce, non médicamenteuse, qui s’intègre parfaitement dans un accompagnement global et personnalisé. Lorsqu’elle est pratiquée par un professionnel formé et attentif, elle peut contribuer à améliorer la qualité de vie, favoriser la détente et soutenir le développement sensorimoteur.
Adam Borgmann
Ostéopathe DO
A Nandy - 77
