La position assise en W
La position assise en W, également appelée « position W », « assis en W » ou encore « frog sitting » en anglais, est une posture fréquemment observée chez les enfants en bas âge, particulièrement entre 2 et 6 ans. L’enfant s’assoit sur ses fesses, les genoux fléchis vers l’extérieur et les pieds placés de part et d’autre des hanches, formant un « W » vu du dessus. Cette configuration offre une base de soutien large et stable, ce qui permet à l’enfant de jouer, dessiner ou regarder un écran sans tomber facilement. Beaucoup de parents la remarquent lors des moments de jeu au sol et se demandent si elle est anodine ou si elle pose problème.
Bien que cette position semble confortable et pratique pour les tout-petits, de nombreux ergothérapeutes, kinésithérapeutes, ostéopathes et pédiatres déconseillent de la laisser s’installer comme habitude dominante. Pourquoi ? Parce qu’elle peut entraver le développement moteur, musculaire et postural de l’enfant sur le long terme. Dans cet article, nous explorerons en détail les inconvénients de la position en W, les raisons scientifiques et pratiques pour laquelle il ne faut pas l’encourager de manière prolongée, et les alternatives plus bénéfiques comme la position en tailleur (ou « en indien »). Nous nous baserons sur les recommandations des professionnels de la santé et sur les observations cliniques courantes.
Pourquoi les enfants adoptent-ils spontanément la position en W ?
Les enfants ne choisissent pas cette posture par caprice. Elle est souvent le résultat d’une exploration naturelle du mouvement. À partir de la position à genoux (à quatre pattes ou en genou), l’enfant peut simplement relâcher les muscles des jambes et « atterrir » dans le W sans effort supplémentaire. C’est le chemin le plus court et le plus stable pour un corps en pleine croissance.
Chez les tout-petits, les muscles du tronc (abdominaux profonds, dorsaux et obliques) sont encore faibles. La position en W compense cette immaturité en offrant une base large qui réduit le besoin de contracter ces muscles pour maintenir l’équilibre. De plus, de nombreux enfants naissent avec une antéversion fémorale (les os des cuisses tournés vers l’intérieur), ce qui rend cette posture particulièrement confortable pendant quelques années. Elle permet de jouer devant soi sans basculer, ce qui est rassurant pour un enfant qui apprend à coordonner ses gestes.
Cependant, ce qui commence comme une posture temporaire peut devenir une habitude si l’enfant y reste longtemps (plus de 10-15 minutes par session de jeu). C’est là que les problèmes surgissent. Comme le soulignent les ergothérapeutes, cette position « verrouille » le bas du corps et limite les ajustements posturaux nécessaires au développement global.
Les inconvénients majeurs : pourquoi il ne faut pas laisser cette position s’installer
Les risques de la position en W ne sont pas toujours visibles immédiatement, mais ils s’accumulent avec le temps. Voici les principaux inconvénients, étayés par les observations des professionnels de la rééducation pédiatrique.
- Faiblesse du tronc et altération de la posture
La position en W procure une stabilité artificielle qui dispense l’enfant d’utiliser ses muscles du tronc. Au lieu de renforcer les abdominaux, les muscles paravertébraux et les stabilisateurs scapulaires, l’enfant s’appuie sur ses jambes écartées. Résultat : un retard dans le développement de la force centrale (core strength). À l’école, cela se traduit par une fatigue rapide en position assise sur une chaise, une tendance à s’affaisser, des douleurs dorsales et une moins bonne concentration. Les enfants qui passent beaucoup de temps en W ont souvent du mal à maintenir une posture droite lors des activités scolaires ou sportives. - Limitation de la rotation du tronc et de la motricité globale
Dans cette posture, l’enfant ne peut pas pivoter facilement le haut du corps pour atteindre un objet à sa gauche ou à sa droite. Cela restreint les mouvements croisés (crossing the midline), essentiels pour la coordination bilatérale, l’écriture, le dessin et même la marche. La motricité fine en pâtit : la préférence manuelle (droiter ou gaucher) se développe moins bien, car l’enfant utilise indifféremment les deux mains sans rotation. À long terme, cela peut retarder l’acquisition de compétences comme courir, sauter ou grimper. - Tension excessive sur les articulations et les muscles
La position en W place les hanches en rotation externe extrême, les genoux sous une forte torsion et les chevilles en flexion forcée. Cela crée une tension importante sur les ligaments des genoux et peut favoriser des raideurs musculaires au niveau des rotateurs internes des hanches et des ischio-jambiers. Avec le temps, ces tensions peuvent entraîner une marche en « canard » (pieds tournés vers l’intérieur), une instabilité des genoux ou même des douleurs chroniques aux hanches et au dos à l’adolescence. Bien que les études récentes ne montrent pas de lien direct avec la dysplasie de la hanche chez les enfants typiques, les kinésithérapeutes observent fréquemment une réduction de la mobilité des hanches et une difficulté à s’asseoir en tailleur plus tard. - Impact sur le développement orthopédique et l’équilibre
Les os des enfants sont encore malléables. Une exposition prolongée à cette posture peut influencer la rotation des fémurs et des tibias, favorisant un alignement non optimal. L’équilibre réactif est également moins sollicité : l’enfant n’apprend pas à ajuster son centre de gravité, ce qui peut retarder les réactions d’équilibre nécessaires pour la course ou les sports. Chez certains enfants présentant déjà un tonus musculaire faible ou des troubles du développement (comme une hypotonie), cette position masque le problème au lieu de l’aider à le surmonter. - Effets secondaires sur le comportement et l’attention
Indirectement, une faible force du tronc peut entraîner une fatigue plus rapide lors des activités assises, réduisant la durée d’attention et favorisant l’agitation. Les parents rapportent souvent que leurs enfants qui privilégient le W sont plus « mous » en classe ou lors des devoirs.
Il est important de noter un débat dans la communauté médicale. Certaines études orthopédiques récentes (2025) concluent qu’il n’y a pas de preuve scientifique d’un lien direct avec la dysplasie de la hanche chez les enfants en bonne santé, et que la position n’est pas « dangereuse » en soi. Cependant, la majorité des ergothérapeutes et kinésithérapeutes pédiatriques continuent de la déconseiller comme posture principale, car les impacts sur le développement moteur et postural sont bien documentés cliniquement. Le consensus est clair : occasionnelle, elle est inoffensive ; habituelle et prolongée, elle mérite d’être corrigée.
Les alternatives recommandées : vers une meilleure posture et un développement optimal
Heureusement, il existe plusieurs positions assises au sol qui favorisent un développement harmonieux. L’objectif n’est pas d’interdire le W brutalement, mais d’encourager la variété et de renforcer le corps progressivement.
- La position en tailleur (ou « en indien », criss-cross applesauce)
C’est l’alternative la plus recommandée. L’enfant croise les jambes devant lui, les genoux légèrement relevés. Cette posture sollicite activement les muscles du tronc pour maintenir l’équilibre, améliore la flexibilité des hanches et des chevilles, et permet une rotation facile du haut du corps. Elle favorise la coordination bilatérale et prépare naturellement à la position assise à l’école. Avantage majeur : elle renforce le core sans effort conscient et réduit les tensions asymétriques. Les enfants qui s’habituent au tailleur ont souvent une meilleure posture debout et moins de raideurs. - La position jambes allongées devant (long sitting)
Jambes tendues devant soi. Elle étire les ischio-jambiers, renforce le dos et les abdominaux, et améliore la flexibilité des hanches. Idéale pour les activités de lecture ou de puzzle, elle oblige l’enfant à contracter légèrement le tronc pour rester droit. - La position assise sur le côté (side sitting ou « Z sitting »)
Une jambe pliée devant, l’autre derrière. Cette posture alterne les côtés, sollicite les obliques et améliore l’équilibre latéral. Elle est excellente pour varier et éviter les asymétries. - Autres options dynamiques
S’asseoir à genoux avec les fesses relevées, sur un coussin de stabilité, ou même à plat ventre pour colorier. Ces positions actives renforcent les muscles profonds et encouragent les transitions motrices.
En variant ces postures, l’enfant développe une force équilibrée, une meilleure proprioception et une motricité plus fluide. Les études en rééducation montrent que les enfants exposés à ces alternatives progressent plus vite en motricité globale et fine.
Conseils pratiques pour les parents : comment guider son enfant sans stress
Corriger la position en W ne doit pas devenir une bataille. Voici des astuces concrètes :
- Rappels positifs et ludiques : Utilisez un code secret (« indien ! ») ou un geste doux au lieu de « non ». Félicitez l’enfant quand il adopte une bonne posture : « Super, en tailleur comme un champion ! ».
- Limitez le temps : Proposez des sessions courtes (5-10 minutes) dans une position alternative avant de changer.
- Rendez le jeu attractif : Placez les jouets de manière à encourager le mouvement (un puzzle à droite, un livre à gauche). Coloriez à plat ventre ou debout contre un mur.
- Renforcez le tronc : Intégrez des jeux comme ramper sous des tunnels, grimper, ou des exercices amusants (ponts, Superman allongé).
- Quand consulter ? Si l’enfant persiste malgré vos efforts, semble très faible du tronc, marche en dedans de manière marquée ou présente un retard moteur, parlez-en à un pédiatre ou un ergothérapeute. Un bilan peut être utile, surtout avant 5-6 ans.
La patience est clé : les habitudes changent en quelques semaines avec de la constance et de la bienveillance.
Conclusion : prioriser le mouvement varié pour un développement harmonieux
La position assise en W n’est pas un drame en soi, mais en faire une habitude dominante peut freiner le développement naturel de la force, de la posture et de la coordination chez l’enfant. En encourageant des alternatives comme la position en tailleur, vous offrez à votre enfant les bases d’une motricité solide, d’une bonne posture et d’une confiance en son corps. Le jeu au sol reste essentiel, mais variez les plaisirs ! Consultez toujours un professionnel si vous avez un doute. Un enfant qui bouge librement et diversement grandit plus fort, plus droit et plus épanoui.
En adoptant ces bonnes pratiques dès le plus jeune âge, vous posez les fondations d’une santé musculo-squelettique durable. N’hésitez pas à partager cet article avec d’autres parents : la prévention est le meilleur allié du développement de nos enfants.
La position assise en W est une posture courante chez les jeunes enfants, où les genoux sont fléchis et tournés vers l'intérieur, les jambes étendues sur les côtés et les pieds placés en arrière. Bien que cette position puisse sembler confortable pour certains enfants, elle peut entraîner divers problèmes de santé et de développement. Cet article explore les risques associés à la position assise en W et vous propose des solutions.
Marie Messager
Ostéopathe spécialisée en pédiatrie
à Nandy, proche Melun
77176 Nandy


